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Editorial de 2 décembre 2007
Du 5 au 15 novembre 27 pèlerins du Mourillon, accompagnés du père Jean-Noël Dol, sont partis en pèlerinage sur les pas du bienheureux Charles de Foucauld (1858-1916).
Dès nôtre arrivée à Tamanrasset, avant le lever du soleil, nous nous rendons à la « Frégate », petite maison construite des mains mêmes de Charles de Foucauld, où il vécut pendant 11 ans, de 1905 à 1916 ; nous rencontrons le père Daniel (petit frère de Jésus) et les sœurs du Sacré Cœur, puis partons avec nos guides, en véhicule tout terrain, vers le Tassili du Hoggar, très grand plateau gréseux effondré, superbes paysages de dunes, de grès et de basalte, sculpté par l'érosion, avec ses grottes aux peintures rupestres si particulières. Premier bivouac, montage des tentes, avec difficulté pour certains. Messe, dîner à même le sol, première méditation sur la vocation de Charles de Foucauld impressionné au cours d'un séjour (1893-96) dans le sud marocain par sa rencontre avec des croyants musulmans, des hommes « vivant dans la continuelle présence de Dieu », dira-t-il.
Au cours des trois journées qui suivent nous essayons, après des lectures de textes de l'Ancien et du Nouveau testament , ainsi que d'extraits de lettres de Charles de Foucauld, de mieux découvrir l'homme, le début de sa rencontre avec l'abbé Huvelin en 1883, sa retraite à la Trappe cistercienne d'Akbès en Syrie (1890-96), et son séjour à Nazareth (1897-1900) après la rupture de ses vœux monastiques début 1897 ; il prend le nom de frère Charles et veut vivre à l'image de Jésus de Nazareth :« prier comme Jésus, autant que Jésus …», « être avec Jésus », c'est « faire ce que Jésus veut de moi ». Chaque jour nous marchons dans un paysage grandiose de sable, de pitons rocheux, de grès sculpté par le vent et essayons de méditer en silence.
La cinquième journée marquera la transition du Tassili vers les contreforts du Hoggar. Première soirée avec nos touaregs, princes du désert, peuple nomade du Sahara, et leurs méharées de dromadaires. Première adoration du Saint Sacrement sous un ciel immense constellé d'étoiles, moment intense et magnifique de recueillement.
Le lendemain, départ de notre caravane vers le Nord, vers le Hoggar, chaîne de montagnes au relief volcanique avec ses éboulis de basalte, paysage complètement différent, aride, désolé, dénudé, vide, fait d'une multitude de pierres et de roches avec parfois une petite fleur mauve, jaune ou rouge, témoin de la présence d'une trace d'eau. Nous apercevons quelques ânes sauvages, une ou deux gazelles dans le lointain, quelques petits oiseaux, des corbeaux… Ce spectacle grandiose, pesant pour certains, appelle au silence et reste inoubliable. Les nuits sont de plus en plus fraîches. Nous sommes si petits devant tant de beauté, nous méditons sur l'amour intense de frère Charles pour Jésus : « l'aimer, lui obéir, l'imiter le plus possible en tous les instants de ma vie ».
Nous arrivons enfin à l'Assekrem, l'ermitage de Charles de Foucauld. Découverte d'un panorama grandiose, fait de pics et pitons rocheux, qui avait tant séduit le frère Charles. Rencontre avec le père Edouard qui vit dans ces lieux depuis 35 ans ; deux autres frères de Jésus les partagent avec lui. Nous pensons très fort au frère Charles de Jésus, à sa vie de privation, de pauvreté, si particulière, à lui si humble, si déterminé dans son amour pour Jésus. Il ne restera que six mois, de juin à décembre 1911, dans ce site grandiose, avant de retourner à Tamanrasset, au bordj (fortin) construit pour protéger la population suite à un soulèvement de tribus. Ce sera sa dernière demeure et il y trouvera une mort tragique.
Que retenir de ce pèlerinage ? plusieurs lieux nous ont frappés par leur beauté, paysages, grottes, peintures rupestres. La vie si intense de Charles de Foucauld, sa recherche de la perfection, de l'humilité (« être le plus humble d'entre les humbles », « le plus pauvre d'entre les pauvres à l'image de Jésus de Nazareth ») son travail énorme pour créer son dictionnaire de la langue touareg (le tamacheq), sa foi immense découverte dans le sud marocain, son émotion intense à « la vue des hommes vivant dans la continuelle présence de Dieu ». Enfin la bonne entente du groupe, tous unis dans la joie et la prière. Pour nous-mêmes, réfléchir, essayer de se remettre en question, être plus humble, avoir le même Amour de Jésus.
Le désert c'est le silence comme le disait un de nos amis pèlerins, mais c'est aussi la plus belle des solitudes et les hommes qui y vivent portent son empreinte ; personnellement il nous a aidés à prier chaque jour davantage. Nous garderons, nous pèlerins de passage, une trace profonde ou légère mais ineffaçable.
Brigitte et Claude Beauvillain
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