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Ce que nous dit la vénérable Tradition de Provence
Dès son accession au trône d'Israël en 41, Hérode Agrippa se mit à persécuter les chrétiens. Il fit mourir par l'épée Jacques, frère de Jean, emprisonner Pierre qui, libéré par un ange, décida avec ses disciples que l'heure était venue d'aller « enseigner toutes les nations » comme le leur avait demandé le Christ. La tradition rapporte que, vers 43, Hérode qui voulait aussi faire périr Lazare de Béthanie et ses sœurs Marthe et Marie Madeleine, les avait abandonnés en mer avec leurs compagnons sur une pauvre barque sans voiles et sans rames. Guidée par un ange, portée par les courants, la barque s'échoua à l'embouchure du Rhône, en Camargue. La Provence était alors romaine, vivait une époque de paix et de prospérité qui n'allait pas durer. Son évangélisation allait commencer et le christianisme s'implanter malgré les persécutions. Elles cessèrent avec l'avènement de Constantin qui reconnut la liberté des cultes par l'édit de Milan en 313.
Marie Jacobé, mère de Jacques le Mineur, et Salomé, mère des apôtres Jacques et Jean restèrent en Camargue, non loin de la côte, là où se développa la petite ville des Saintes-Maries-de-la-Mer. Sara la noire les servait. Elles édifièrent un modeste oratoire sous lequel elles furent ensevelies. Au-dessus fut construite une chapelle, puis une belle église fortifiée. Leurs corps furent retrouvés sous l'autel de la crypte en 1448 lors de fouilles ordonnées par le Roi René.
Marthe, elle, remonta le Rhône jusqu'à Avignon. Elle ressuscita un jeune homme qui s'était noyé dans le fleuve et par ce miracle, elle convertit la ville à la foi chrétienne. Elle fit bâtir sur le rocher des Doms un premier oratoire, dédié à la Vierge Marie, qui fut à l'origine de la cathédrale Notre Dame des Doms. Après avoir évangélisé Avignon, elle choisit de se retirer à Tarascon qu'elle débarrassa de la tarasque, un animal redoutable qui semait la terreur. Elle édifia un petit oratoire sous lequel elle fut enterrée C'est au-dessus de son tombeau que fut élevée la collégiale Sainte-Marthe. Son corps fut retrouvé dans un superbe sarcophage de marbre lors de fouilles entreprises en 1187.
Maximin était l'un des soixante-douze disciples. Il avait beaucoup d'affection pour Marie-Madeleine et c'est avec elle qu'il évangélisa Aix-en-Provence et sa région. A Aix, ils construisirent un tout petit oratoire, l'oratoire Saint-Sauveur, qui devint le centre d'un bourg et fut englobé dans la construction de la cathédrale consacrée en 1003. Cet oratoire fut détruit en 1808 car il obstruait la vue de l'un des bas-côtés ! Sidoine, l'aveugle-né de l'Evangile, succéda à Maximin comme évêque d'Aix après avoir commencé son apostolat à Saint-Paul-Trois-Châteaux où il est connu sous le nom de Restitut.
Quant à Marie-Madeleine, elle se rendit d'abord à Marseille. Les phocéens avaient mis leur ville sous la protection de l'Artémis d'Ephèse, la Diane des romains, et c'est sur le parvis du temple de Diane qu'elle commença à évangéliser la ville. Un jour, elle décida de se retirer dans une montagne proche de Marseille, d'Aix et de Saint-Maximin que l'on appelle aujourd'hui la Sainte Baume. Elle vécut dans une grotte. Sept fois par jour des anges la portaient jusqu'au sommet de la montagne où elle jouissait avec eux de la joie céleste. Lorsqu'elle sentit que l'heure d'aller rejoindre son « Rabouni » était proche, elle descendit dans la plaine, communia des mains de Maximin et expira dans ses bras. Il l'enterra dans un petit oratoire, aujourd'hui crypte de la basilique de Saint-Maximin. Il demanda à être enterré à ses côtés, le jour venu. Ce qui fut fait. Ces premières tombes furent modestes, mais au IVème siècle ces précieux corps et celui de Sidoine furent transférés dans de superbes sarcophages. En 710, pour tromper les sarrasins, Marie Madeleine fut cachée dans le sarcophage de Sidoine. C'est là qu'elle fut retrouvée lors des fouilles effectuées par Charles II d'Anjou en 1279. Dès le Vème siècle un centre cultuel sur lequel veillait les cassianites s' était développé près de l'oratoire où l'on voit toujours les sarcophages et le chef de Marie Madeleine dans un beau reliquaire. Des fouilles récentes ont mis à jour un baptistère, une basilique et de nombreuses sépultures. Lazare, lui, aida Marie-Madeleine dans son apostolat à Marseille. Peut-être ne vint-il la rejoindre que plus tard, après un séjour à Chypre. Il sera le premier évêque de la ville. et mourra lors de la persécution de Domitien , martyrisé puis décapité sur la Place de Lenche après avoir été emprisonné dans les geôles romaines qui existent toujours sous la place. Son souvenir est attaché à une nécropole rupestre où l'on voit encore la « confession » de saint Lazare et d'antiques sépultures chrétiennes. Au-dessus fut construit un oratoire paléochrétien puis la basilique Saint-Victor, berceau du cassianisme. Au IXème siècle, on transporta le corps de Lazare à Autun pour le soustraire aux sarrasins. Mais les marseillais gardèrent son chef qui resta à Marseille et que l'on peut voir aujourd'hui dans un beau reliquaire à la cathédrale de la Major.
Nous ne devons pas oublier que la Provence fut aussi évangélisée au Ier siècle par des disciples de saint Pierre : Trophime qui sera le premier évêque d'Arles, Eutrope celui d'Orange, Ruf, fils de Simon de Cyrène, celui d'Avignon.
Voilà ce que nous dit la tradition. Elle a amené dans nos sanctuaires de Provence d'illustres pèlerins, papes et rois, religieux et grands seigneurs et une multitude d'anonymes. L'archéologie et les textes très anciens que nous possédons la confortent Elle s'est maintenue malgré les persécutions, les hérésies, les invasions barbares, les sarrasins, la révolution et leurs déprédations. Aujourd'hui elle subit les attaques de la critique. Alors, c'est à nous tous maintenant de prendre sa défense, de la transmettre et de prendre le relais de nos saints de Provence dans leur mission d'évangélisation.
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