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Pourquoi « Da Vinci Code » est un mauvais livre. par le Père Jean-Noël Dol
Presque 8 millions d'exemplaires vendus (dont plus de 500 000 en France), bientôt porté sur les écrans, le « roman » de l'américain Dan Brown fait fureur… et soulève de nombreuses questions. J' achève tout juste les 571 pages de l'ouvrage! A l'actif: un vrai roman policier, truffé de rebondissements, qui tient constamment le lecteur en haleine. Au passif: tout le reste. Un style plat. Et surtout un contenu aberrant, choquant, voire blasphématoire pour un chrétien. En résumé: Jésus n'était pas le fils de Dieu, mais plutôt un homme ordinaire. C'est bien plus tard, au IVème siècle (!), que l'empereur Constantin, en mal de justifier son pouvoir absolu, « invente » de toutes pièces l'identité divine du Christ (thème bien connu, faisant bon marché de l'Ecriture Sainte, qui confesse très tôt Jésus comme fils de Dieu: cf. Jn I,1-18). Puisque Jésus est un homme ordinaire, il a mené une vie conjugale « normale »… avec Marie-Madeleine (ici aussi thème connu: cf. Kazantzakis et sa « dernière tentation du Christ », qui restait tout de même une tentation). Leur descendance est passée en France, où elle a donné naissance…. aux rois mérovingiens! Et voici dévoilé par la même occasion le mystère du Saint Graal, déformation de « sang réal », sang royal: Marie-Madeleine en personne, qui a donné une descendance à Jésus, autrement dit le « sang royal » de Jésus et Marie-Madeleine passé aux rois de France. Ce secret explosif, on en conviendra, est pieusement gardé par une société secrète, le « Prieuré de Sion », qui doit un jour révéler le pot aux roses. Parmi ses grands-maîtres: Hugo, Cocteau, et… Vinci (d'où le titre de l'ouvrage. Les amateurs d'histoire de l'art apprécieront certainement la relecture de sa « Cène » de Milan, où l'auteur s'acharne à voir dans le personnage à droite de Jésus non Jean, mais Marie-Madeleine. CQFD). L'Eglise Catholique, affolée, cherche depuis deux mille ans par tous les moyens à éviter cette révélation. Son bras droit actuel, l'Opus Dei, n'hésite pas à tuer pour cela: un des personnages du roman est un « moine » albinos reconverti en James Bond mystique et looser. On le voit, Dan Brown puise dans toutes les traditions: ésotérisme, sociétés secrètes, templiers et rose-Croix (avec moins de brio et d'humour qu'Humberto Eco dans son « Pendule de Foucault »). Mélange dont la foi Chrétienne fait les frais. Car le projet est nettement anti-chrétien. Les « fondamentaux » de la foi chrétienne sont niés, que nous devons défendre comme notre bien le plus précieux: Jésus est bien le Sauveur et le Fils de Dieu, seul médiateur entre Dieu et les hommes. Sa seule Epouse est l'Eglise (cf. Ephésiens 5), et la descendance du Seigneur et de son Epouse, c'est nous, les baptisés, race choisie, sacerdoce royal (pas besoin pour cela d'être descendant des mérovingiens… ). L'Eglise est donc notre Mère, et non pas une structure uniquement préoccupée -malgré certaines erreurs historiques- de défendre son pouvoir par tous les moyens. Quant à Marie-Madeleine, nous aimons à voir en elle une pécheresse repentie, libérée par Jésus de sept démons, qui s'attache au Seigneur dans un amour sincère et toujours à purifier (cf. Jn 20, 17). Au-delà de cette déconstruction de la foi chrétienne, c'est bien un projet païen que défend l'auteur: celui du « Féminin Sacré ». Toute religion doit certes équilibrer et honorer la double dimension masculine et féminine de la créature. Dans la révélation judéochrétienne, cette dualité est image de Dieu (cf. Gn 1,27) mais elle ne saurait être projetée en Dieu lui-même. Dieu, pur esprit, est au-delà du masculin et du féminin, et encore plus de la sexualité. D'où la lutte acharnée des prophètes de l'Ancien Testament contre les divinités païennes mâles et femelles (Baals et Astartés), contre les cultes de la fécondité, contre la prostitution sacrée si répandue. Encore aujourd'hui, pour nous chrétiens, la sexualité peut être sanctifiée par Dieu et vécue saintement: c'est un des enjeux du sacrement du mariage. Mais la sexualité n'est pas divine en elle-même, et de ce fait aucunement moyen immédiat de communion avec le divin: la scène du « Hiero Gamos », sorte de liturgie sexuelle célébrée par le Prieuré, est certainement l'endroit où le roman montre le plus clairement son but païen. Vouloir faire entrer Jésus, avec Marie-Madeleine, dans ce schéma, c'est régresser vers un paganisme qui revient aujourd'hui, sous divers masques… Père Jean-Noël Dol
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