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La division de l'Eglise


   La chapelle Sainte Philomène du boulevard Grignan, acquise il y a quelques années par la fraternité lefebvriste « Saint Pie X », est entrée en travaux. Dans quelque temps, elle sera en mesure de fonctionner. Nous aurons ainsi, en plein milieu du Mourillon, à 100 m du presbytère, la douleur de vivre concrètement la division de l'Eglise.
   Bien qu'ayant participé au Concile Vativan II, l'archevêque Marcel Lefebvre montra très rapidement son opposition. Au-delà de certains points disciplinaires qui ont focalisé l'attention (attachement exclusif au rite tridentin de la messe, au port de la soutane pour les clercs, etc), cette opposition vise en fait des points plus profonds: rejet de la nouvelle liturgie, refus de l'œcuménisme (dénoncé ensuite come « esprit d'Assise »), de la liberté religieuse, de la liberté de conscience, de la manière de concevoir les relations nouvelles Eglise-monde. Mgr Lefebvre exigeait le retour de Rome à la Tradition, « que Rome moderniste redevienne la Rome catholique ».
   En raison de son refus persistant et public, Mgr Lefebvre fut démis de sa charge (
suspense a divinis) par le Pape Paul VI en 1976. Jean-Paul II avait à plusieurs reprises exprimé son souhait que tout soit fait pour permettre à la Fraternité Saint Pie X d'obtenir une position régulière dans l'Eglise, en communion avec le siège apostoloque; après l'échec de plusieurs tentatives de conciliation, et malgré de nombreux gestes d'ouverture du Papae Jean-Paul II, qui fit preuve de patience et d'indulgence jusqu'à la limite du possible, Mgr Lefebvre, reniant ses engagements antérieurs, sacra évêques le 15 juin 1988 quatre prêtres de son groupement, sans mandat du Pape: acte extrêmement grave de désobéissance au Pontife Romain, pasteur suprême de l'Eglise, et refus de sa primauté; et acte tout aussi grave de rupture de l'unité de l'Eglise, puisque c'est par les évêques que se perpétue sacramentellement la succession apostolique. Un évêque promet, lors de son sacre, de demeurer fidèle au Pape, successeur de Saint Pierre; il a charge de paître, et non d'égarer et de disperser ceux que le Christ est venu rassembler dans l'unité.
   Le
Motu proprio « Ecclesia Dei » du Pape Jean-Paul II constate le schisme créé par cet acte ainsi que l'excommunication de Mgr Lefebvre et de ses partisans, tout en lui proposant, en même temps le retour à l'Eglise catholique.
   A la racine de cet acte schismatique, on trouve une notion incomplète et contradictoire de la Tradition. Incomplète parce qu'elle ne tient suffisamment pas compte du caractère vivant  de la Tradition, qui tire son origine des apôtres et se poursuit dans l'Eglise sous l'assistance de l'Esprit-Saint; La Tradition ne se réduit pas aux traditions, ensemble de coutumes etde'habitudes de l'Eglise, liées à un temps et des circonstances particulières, et qui n'ont pas un caractère intangible. Contradictoire car personne ne peut reter fidèle à la Tradition en rompant le lien ecclésial avec celui à qui le Christ, en la personne de l'apôtre Pierre, a confié le ministère de l'unité dans son Eglise.
   L'excommunication quant à elle est une sanction qui constate la mise en dehors de la communion ecclésiale. Par se gravité même, elle veut être médicinale, c'est à dire causer une slutaire prise de conscience.: elle vise la conversion du récalcitrant et son retour vers l'Eglise qui reste toujours prête à l'accueillir.
   Il est de mon devoir de curé d'attirer, avec charité et fermeté, l'attention des fidèles catholiques du Mourillon (et d'ailleurs peut-être…) sur certains points:
   1- Je souhaite que tous ceux qui sont liés au mouvement lebebvriste comprennent le devoir qui est le leur de rester dans l'unité de l'Eglise catholique, en communion avec le Pape et l'évêque diocésain légitime, et de ne pas continuer à soutenir, en aucune manière, ce mouvement. Il ne saurait être question de faux-fuyants. L'Eglise catholique fera toujours bon accueil à ceux qui reviendront vers elle. En sens inverse, tous doivent savoir que l'adhésion formelle au schisme constitue une grave offense à Dieu et comporte l'excommunication prévue par le Droit Canon (CIC 1364)
   2- Chaque fidèle catholique peut et doit réfléchir sincèrement sur sa propre fidélité à la Tradition. Cette tradition s'incarne en particulier dans les 21 Conciles œcuméniques, depuis Nicée (en 325) jusqu'à Vatican II (en 1965), qui ont scandé l'histoire de l'Eglise et défini sa foi et ses mœurs. Vatican II, dont les enseignements n'ont pas fini d'être approfondis, ne constitue pas une rupture avec la Tradition bi-millénaire de l'Eglise, mais une nouvelle étape de cette tradition. Chacun doit approfondir cette fidélité, en refusant les interprétations et les applications erronées et tendancieuses en matière dogmatique, liturgique, disciplinaire… Même en cas de difficultés de compréhension, voire de désaccord, un acte humble d'obéissance et de confiance dans le jugement de l'Eglise -supérieur à la subjectivité personnelle- permet de rester fidèle.
   3- Un indult de Rome autorise, dans certaines circonstances, la célébration de la messe suivant le rite tridentin, dit aussi de Saint Pie V. Mgr Madec puis Mgr Rey ont fait preuve à ce propos de largesse d'esprit et de charité pastorale: cette messe est célébrée, avec leur autorisation, dans les principales villes du diocèse (à Toulon dans la chapelle Saint François de Paule, au bas du cours Lafayette). Le rite tridentin « conserve dans l'Eglise son droit de citoyenneté au sein de la multiformité des rites catholiques » (Cardinal Castrillon Hoyos), lorsqu'il est célébré en communion avec le Pape et l'évêque du lieu.
   4- A l'intérieur de l'Eglise, chacun est accueilli dans la particularité de sa sensibilité personnelle. Chacun doit être conscient de la richesse que représente pour l'Eglise la diversité des charismes et des traditions de spiritualité et d'apostolat; cette diversité constitue la beauté dans la variété, comme une symphonie que, sous l'action de l'Esprit-Saint, l'Eglise terrestre fait monter vers le ciel. Mais cette diversité demande à être vécue dans le souci de l'unité, de la communion et de la collaboration en vue de l'avènement du royaume de Dieu. Les points communs (cf. Ac 4, 32-35) l'emporteront toujours sur les divergences.
                                                                                                    Jean-Noël Dol
                                                                                                    Curé du Mourillon
- On peut lire le
Motu proprio « Ecclesia Dei » du 2 juillet 1988 dans la Documentation Catholique du 7/21 aoüt 1988, n° 1967, P.788-789.
- La chapelle précitée n'a rien à voir avec l'école privée Sainte Philomène, du Mourillon, dirigée par madame Thauvin, soumise à la tutelle diocésaine et parfaitemeque.


Editorial  du
19/12/2004